24 Août 2001 Clicanoo AOM-Air Liberté doit maintenant faire ses preuves
«La compagnie n’est pas tirée d’affaire. Il va falloir prouver que le plan de redressement est viable et trouver des investisseurs», a estimé hier une source proche du dossier sous couvert d’anonymat. Pour le moment, AOM/Air Liberté reste sous perfusion de son actionnaire Swissair. Contre son désengagement et une renonciation à toute poursuite judiciaire, le groupe helvétique a accepté de verser 1,3 milliard de FF (200 millions d’euros), échelonnés en plusieurs paiements jusqu’à la fin de cette année. Un premier gros versement de 300 millions de FF (quelque 46 millions d’euros) a été effectué vendredi dernier, apportant une bouffée d’oxygène à l’entreprise. L’argent du groupe de Zurich assure six mois de trésorerie à la compagnie.Partages de codes avec Air Frances ur les Dom-tom
Mais un mois après le choix par le tribunal de commerce de Créteil du projet de reprise Holco du pilote d’Air France Jean-Charles Corbet, le tour de table financier - seul à même de garantir l’avenir de la compagnie - est encore loin d’être bouclé. Le partenaire de Holco, la banque canadienne CIBC, a pris contact avec plusieurs investisseurs potentiels. Le stade de la discussion n’a toutefois pas été dépassé. Pour François Bachelet, nouveau président du directoire des compagnies, l’arrivée de nouveaux financiers passe par une relance commerciale permettant de ramener vers la compagnie une clientèle échaudée ces derniers mois par les grèves et les nombreuses annulations de vols. Mais elle suppose aussi une «refondation sociale» conduisant à une réelle fusion des deux entités, à même d’assurer une pérennité de l’entreprise. «Ils nous attendent au tournant. Un investisseur ne va pas venir aujourd’hui en nous proposant de l’argent, mais en janvier, je pense que c’est possible, si nous avons fait nos preuves», a déclaré M. Bachelet dans un entretien à l’AFP. Dans le plan industriel du projet Holco, tel qu’il a été présenté au tribunal de commerce, un retour à l’équilibre est escompté en 2003. Pour 2001, les projections montrent une perte d’exploitation de 467 millions de F cette année. Les effectifs seront réduits de 1 405 personnes, la flotte concentrée sur les Airbus A340 et les MD83, tout en conservant, dans un premier temps, les DC10. Le plan de relance de la compagnie, qui devrait avoir un nouveau nom et avoir accompli sa fusion fin septembre, s’articule autour de trois grands axes : les DOM-TOM, l’Algérie et les dessertes en métropole hors concurrence avec Air France et le TGV. L’ère du dumping sur les prix, face au géant Air France, est bel et bien révolue. La réussite de M. Corbet et de son équipe doit passer par un accord avec Air France sur les DOM-TOM, prévoyant des partages de codes au départ des aéroports de Roissy et d’Orly vers la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, Papeete via Los Angeles. Une telle alliance, qui devrait être finalisée début septembre selon M. Bachelet, permettra aux clients d’Air France d’emprunter des avions AOM/Air Liberté, et inversement. AOM/Air Liberté compte ainsi remplir à nouveau ses appareils, dont le taux d’occupation est descendu sous les 50% cette année, et augmenter sa recette unitaire. L’ouverture du marché algérien, dès novembre, est aussi porteur d’espoir, sous réserve que les conditions de sécurité soient assurées. AOM/Air Liberté serait ainsi la seule compagnie française à assurer la liaison vers Alger au départ de Paris, suspendue par Air France en décembre 1994, après le détournement d’un de ses Airbus entre Alger et Marseille (sud).
Trois questions à François Bachelet président du directoire d'AOM Air Liberté
Quelle est la situation actuelle de la compagnie? Nous avons un plan de versement par Swissair de 1,3 milliard de F, ce qui signifie une trésorerie assurée pour les six mois à venir. Nous en profitons pour travailler à un relooking et relancer l’activité commerciale de la compagnie par des initiatives tarifaires par exemple. Nous interrogeons nos clients pour le nouveau nom de la compagnie, qui sera assez voisin de l’un des deux noms actuels, car nous avons dans notre patrimoine des noms à très forte notoriété. Une chose rassurante est que nous avons un capital de sympathie auprès de la clientèle française. La raison est, je crois, que les Français ont horreur du monopole et il s’agit pour nous d’un tremplin pour attirer les passagers.
Outre la relance commerciale, quels sont les grands chantiers des prochains mois? Le deuxième grand chantier est la refondation sociale de l’entreprise. On est dans un état un peu bizarre de deux entreprises qui ont interrompu leur fusion. Nous avons déjà négocié des pré-accords avec toutes les catégories de personnels pendant la période de redressement judiciaire. Il faut maintenant concrétiser ces accords qui se substitueront au maquis des 160 différents statuts des compagnies. C’est un chantier qu’il faut mener très vite, d’ici fin octobre, d’autant plus que les esprits sont mûrs pour cela. Relance commerciale et refondation sociale seront indispensables pour boucler le tour de table. Car pour attirer des investisseurs, il faut redonner un socle social garant d’une pérennité de l’entreprise et prouver notre réactivité commerciale. Nous savons bien que cela sera difficile, mais nous y sommes préparés et nous savons ce que nous devons faire.
Quand prévoyez-vous de dégager des bénéfices? Il est clair que nous ne ferons pas encore de bénéfices en 2002. Dans notre business plan, nous visons un équilibre en 2003, dans le jeu d’hypothèses que nous avons choisi. Mais il y a des conditions propres à notre métier - valeur du dollar, prix du carburant - qui peuvent modifier ces projections pluriannuelles dans un sens ou dans l’autre. - 2001©Clicanoo.com - STOR Informatique / le Journal de l'île -