15 Août 2001 Le web de l'Humanité AOM-Air Liberté: plan social en suspens
Transports. A l'angoisse des suppressions de postes s'ajoute le chantage de l'ancien propriétaire Swissair à l'égard des syndicats. Les membres du comité d'entreprise d'AOM-Air Liberté se sont réunis, lundi après-midi, pour tenter de définir les critères de licenciement des 1 700 salariés appelés à quitter l'entreprise. D'ores et déjà, 300 salariés se sont portés candidats au départ volontaire. Le report de la première réunion, suspendue dans la nuit de vendredi à samedi, devait permettre aux syndicats, réunis en commission pendant le week-end, d'établir des accords pour chaque catégorie de personnel. Or, c'est la plus grande confusion qui a régné pendant près de cinq heures, au siège social d'Air Liberté à Rungis. Les listes du personnel des différentes sociétés du groupe (AOM, Air Liberté et TAT) sont fausses ou incomplètes : " Plusieurs de nos collègues se sont retrouvées avec un enfant voire plusieurs alors qu'elles n'en ont pas, d'autres ont vu leur statut modifié, alors que certains avaient totalement disparu de l'entreprise ", expliquent des représentantes syndicales. Ces listes, fournies par la direction des ressources humaines aux administrateurs judiciaires devaient servir de base de négociation pour définir les critères de licenciement. " Tout est à refaire ou vérifier et c'est nous, syndicats, qui allons devoir faire le boulot de la DRH qui est en vacances, ce qui est complètement ubuesque vu la situation ", s'insurge Paul Fourier, délégué CGT. Certains syndicats évoquent un " sabotage " de l'ancienne direction pendant que d'autres parlent de " négligences ". Ce qui est sûr, c'est que ces listes devront malgré tout être mises à jour pour la prochaine réunion de demain. Comme si la confusion ne suffisait pas, un coup de théâtre s'est produit : Swissair réclame une lettre des représentants des salariés dans laquelle ils s'engagent à renoncer à d'éventuelles poursuites contre la société. En contrepartie de cet engagement des syndicats, Swissair se dit prêt à verser, avant lundi minuit, la première tranche de la contribution due de 1,23 milliard de francs, à savoir 300 millions de francs. Un vrai chantage que les syndicats qualifient de " scandale " : " Nous n'avons pas le choix, nous sommes obligés de signer ce texte, sinon c'est la liquidation judiciaire dès ce soir ", déclarent-ils. " Il va falloir que Swissair cesse de revoir ses exigences à la hausse en permanence, ça devient indécent ", avance Paul Fourier. Lundi en début de soirée, Swissair a assoupli ses conditions : " Nous devons toujours renoncer à faire appel du jugement, mais nous gardons notre droit de recours contre la compagnie ", explique Fadhila Biahimi, déléguée CFDT. Le groupe suisse n'a cependant pas versé les 300 millions promis et a décidé d'ajourner au 19 août le paiement de 1,23 milliard de francs. Swissair a essayé, à travers cette " prise d'otages des salariés ", selon l'expression de Paul Fourier, de se protéger de toute tentative de poursuites judiciaires au moment où l'association " Air 100 ", qui regroupe les pilotes de Fokker menacés par la restructuration, s'est rendue au tribunal de Créteil dans le but de porter plainte. Selon les déclarations de Bruno Hemery, président de l'association qui a, au dernier moment, renoncé à sa plainte, les pilotes auraient obtenu lundi de réelles avancées concernant leur situation : 22 pilotes seraient maintenus contre 20 le week end dernier, les indemnités de licenciement ne seraient plus plafonnées par les AGS (assurances de garantie des salaires), les avantages liés au comité d'entreprise ne seraient pas touchés et, surtout, une requalification serait proposée aux pilotes qui doivent quitter l'entreprise. Une requalification qui coûte aux alentours de 400 000 francs pour chacun des pilotes et qui est prévue sur des Airbus A 320 et sur des Boeing 737. Le personnel au sol, le plus touché par le plan (802 personnes sur 1 405) risque, lui, de devoir quitter les lieux avec un très maigre pécule. Selon Fadhila Biahimi, déléguée CFDT, " pour dix ans d'ancienneté, les indemnités de salaire se chiffrent à 3,75 mois de salaire pour le personnel au sol, c'est-à-dire trois fois rien d'autant plus que leurs salaires sont bas ". Les syndicats ont également remis aux administrateurs judiciaires un accord collectif concernant les stewards et hôtesses qu'ils souhaitent vivement voir entériné. " Cet accord prévoit de répartir les licenciements dans une certaine équité entre les différentes populations de la compagnie ", a expliqué Paul Fourier. C'est donc dans une atmosphère tendue que le comité d'entreprise et les délégués syndicaux plancheront demain, à partir de 14 heures. Une tension exacerbée par la proximité de la date butoir du 22 août. Toutes les lettres de licenciement doivent en effet être envoyées d'ici là aux salariés concernés afin de respecter le délai légal pour que les indemnités de licenciement soient prises en compte par les AGS. - Nathalie Girbal -
15 Août 2001 Europe1.fr AOM-Air Liberté: des pilotes renoncent à leur plainte contre Swissair
L'association "Air 100" a annoncé hier qu'elle renonçait à engager une action judiciaire contre l'ancien actionnaire suisse, en expliquant qu'un tel recours risquait de remettre en cause le fragile équilibre qui a permis la reprise de la compagnie. Mercredi, 11h33: L'association, qui réclamait que Swissair contribue davantage au financement du plan social en cours, a expliqué dans un communiqué avoir "choisi une autre voie, dans le sens de la conciliation, qui privilégie l'intérêt de toutes les parties en cause". Selon le président de l'association, Bruno Hemery, un tel recours aurait menacé l'avenir de la compagnie en remettant en cause l'accord entre Swissair et le repreneur d'AOM-Air Liberté, Holco. Signé le 27 juillet au tribunal de commerce de Créteil, ce protocole d'accord met le groupe suisse à l'abri de toute poursuite judiciaire en échange du versement d'une somme de 1,3 milliard de francs, contribution indispensable à la pérennité du projet Holco. "Le protocole prévoit, en effet, que l'accord peut être annulé à partir du moment où n'importe quel tiers intente un recours contre Swissair ou ses mandants", a expliqué M. Hemery. "Air 100" rassemble 70 des 94 pilotes issus de l'ex-compagnie TAT, menacés de licenciement car leurs appareils, des moyen-courriers de type Fokker 100, ne sont pas repris par la nouvelle direction d'AOM-Air Liberté. Ces pilotes avaient brandi la semaine dernière la menace d'une plainte contre Swissair s'ils étaient licenciés ou si le groupe suisse ne contribuait pas à une rallonge de leurs indemnités de départs. Le 1er août, le tribunal de Créteil avait homologué l'accord signé le 27 juillet entre Swissair et trente parties contractantes, parmi lesquelles la société financière française Marine-Wendel et le comité d'entreprise d'AOM-Air Liberté. Le délai d'appel de cet accord, fixé à dix jours, a débuté le 8 août, date à laquelle toutes les parties contractantes ont officiellement été informées des décisions du tribunal de Créteil. Si aucun appel n'est déposé d'ici au 18 août, Swissair effectuera le lendemain un premier versement de 300 millions de francs auprès d'AOM-Air Liberté. Les autres versements seront échelonnés jusqu'au 31 décembre 2001, a précisé Swissair. Les pilotes de Fokker 100 ont annoncé de leur côté qu'ils continuaient à négocier avec la direction d'AOM-Air Liberté. Holco aurait proposé dernièrement "la reprise d'au moins 21 pilotes", "le paiement des qualifications pour aider ceux qui partiront à retrouver un emploi" et "le respect des indemnités de licenciements prévues au contrat de travail". - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Europe1.fr 2001 -15 Août 2001 Clicanoo AOM-Air Liberté: le plan social toujours à l'étude
A la Réunion, le personnel employé par AOM - Air Liberté est tombé des nues en apprenant sur les ondes de RFO Radio que seize personnes sur les 48 employées localement par les deux compagnies allaient être licenciées. “Nous n’avons reçu aucune confirmation en interne”, indiquait-on hier dans les représentations dionysiennes d’AOM et d’Air Liberté. L’information a été fournie à Paris par une déléguée CFDT qui précise que les personnes licenciées recevront leurs lettres d’ici le 22 août. La nouvelle est d’autant plus surprenante que le comité d’entreprise s’est séparé lundi dans la nuit sans être parvenu à un accord sur les critères de licenciement de salariés dans le cadre du plan social. Il doit à nouveau se réunir demain. Le seul chiffre confirmé par la direction est celui de l’enveloppe globale des licenciements, 1 405 sur les 4 559 salariés d’AOM - Air Liberté en tenant compte des départs volontaires. Selon la CFDT, la liste des personnels licenciés comprendraient ainsi 802 personnels au sol (mécanique, maintenance, escale), 245 pilotes et mécaniciens navigants et 358 hôtesses et stewards. Les 48 personnes employées à la Réunion par AOM - Air Liberté font partie du personnel dit d’escale. Il est certain qu’ils n’échapperont pas à une réduction de voilure. Ainsi, il est clair que dans un avenir proche les agences en double n’en feront plus qu’une. Dans ce contexte, combien de personnes seront touchées par la vague de licenciements ? Pour le savoir, il faudra attendre la finalisation du plan social et les discussions s’annoncent difficiles au sein du comité d’entreprise.
Le difficile reclassement des futurs licenciés
Les perspectives de reclassement pour les 1 405 salariés d'AOM-Air Liberté qui seront licenciés d'ici à la fin du mois d'août apparaissent particulièrement incertaines, sauf pour les hôtesses et stewards, qui semblent à l'abri de l'inactivité en raison des embauches chez Air France. Les syndicats se disent d'autant plus préoccupés pour l'avenir des futurs licenciés que les indemnités de licenciements "ne sont pas bien lourdes", selon la CGT, notamment pour les personnels au sol : un dixième de mois par année d'ancienneté. Les PNC (personnels navigants commerciaux: hôtesses et stewarts) et surtout les PNT (personnels navigants techniques : pilotes et mécaniciens) sont mieux lotis avec un demi-mois de salaire par année d'ancienneté pour les premiers, et un mois pour les seconds. Le reclassement des 1 405 salariés concernés semble d'autant plus problématique que les lettres de licenciement doivent partir au plus tard le 22 août, selon la direction. Les syndicats apparaissent relativement optimistes pour les hôtesses et stewards concernés, notamment en raison des possibilités d'embauche à Air France, même si cela implique une perte de salaire, les nouveaux arrivant étant embauchés au bas de la grille salariale. Cette catégorie bénéficie d'un contexte favorable de fort recrutement des PNC (un millier par an environ) chez Air France. Selon plusieurs syndicats d'AOM-Air Liberté, Air France est sur le point d'embaucher la totalité des hôtesses et stewards d'AOM-Air Liberté condamnés au licenciement. "Air France devrait au total finir par embaucher environ 500 salariés d'AOM-Air Liberté, toutes catégories confondues", a de son côté ajouté une source proche d'Air France. Pour les autres catégories, l'avenir apparaît plus incertain pour les pilotes en raison du coût élevé des formations (300 000 F en moyenne) que la compagnie qui les embauche doit débourser pour les adapter à sa flotte. Deuxième inconvénient, mis en avant par plusieurs syndicats d'AOM-Air Liberté : la réticence des syndicats d'Air France à voir les anciens d'AOM-Air Liberté "passer devant" certains pilotes de la compagnie nationale sur les listes d'ancienneté. La situation est encore plus sombre pour les personnels au sol, déjà moins avantagés au niveau des indemnités de licenciements. Les syndicats d'AOM-Air Liberté n'en finissent plus de déplorer l'attentisme des entreprises susceptibles de les accueillir, comme Aéroports de Paris, la RATP ou la SNCF, et regrettent vivement l'attitude, selon eux passive, du ministère des Transports, qui s'était engagé en juin à ce qu'"aucun salarié" d'AOM-Air Liberté ne reste "sur le carreau". A la SNCF (8.000 recrutements prévus en 2001) comme à la RATP (6.000 embauches sur trois ans entre 2001 et 2003), on affirme "être prêt à examiner les candidatures" des futurs anciens d'AOM-Air Liberté, tout en précisant qu'aucune procédure spécifique n'est prévue pour ces salariés.
Swissair versera 300 millions de F le 19 août
Swissair a apporté mardi après-midi des précisions sur son calendrier de versement de 1,3 milliard de francs français (198,2 millions d'euros) à AOM/Air Liberté, si aucun appel n'est fait d'ici le 18 août. Le 19 août, 300 millions de francs français (40,57 millions d'euros) - et non 30 millions de FF, comme il avait été précédemment indiqué - seront versés à la compagnie française si aucun appel, d'ici le 18 août, ne vient bloquer l'ensemble de l'accord conclu le 27 juillet entre Swissair et la société Holco qui doit reprendre les actifs d'AOM/Air Liberté. Ce versement sera suivi de six autres, s'échelonnant entre le 31 août et le 31 décembre, selon les modalités suivantes : 100 millions de FF le 31 août, 600 millions de FF le 3 septembre, 100 millions de FF le 30 septembre, 50 millions de FF le 31 octobre, 50 millions de FF le 30 novembre et 50 millions de FF le 31 décembre. Ce calendrier a été fixé par le tribunal de Créteil (banlieue parisienne) et approuvé par les parties, a indiqué l'un des porte-parole de Swissair, Patrick Jeandrain. Avant même la mise en place de ce calendrier, Swissair a effectué un tout premier versement de 50 millions de FF, a-t-il précisé. A cela s'ajoutent le remboursement jusqu'au 31 mars 2002 d'un maximum de 200 millions de FF de billets émis par AOM/Air Liberté non utilisés, ainsi que la renégociation des contrats de location de quatre Airbus A 340-300. "Nous devons respecter un délai d'appel de dix jours courant après la notification à l'ensemble des trente parties contractantes" à l'accord du 1er août", a-t-il dit. Le 1er août, le tribunal de Créteil avait donné son aval à la société Holco, dirigée par le pilote Jean-Charles Corbet, repreneur d'AOM/Air Liberté à la suite de l'accord entre Swissair et trente parties contractantes, dont la société financière française Marine Wendel et le comité d'entreprise d'AOM/Air Liberté. Aux termes de cet accord, Swissair, qui détient 49,5% du capital d'AOM/Air Liberté, doit verser 1,3 milliard de FF à son ancienne filiale en échange de l'arrêt de toute poursuite judiciaire, passée, présente ou à venir. Le délai d'appel a débuté le 8 août, date à laquelle toutes les parties contractantes ont officiellement été informées des décisions du tribunal de Créteil. En cas d'appel par l'une des parties contractantes, l'ensemble de l'accord est suspendu, a précisé M. Jeandrain. A l'issue de ce processus, Swissair sera totalement désengagée d'AOM/Air Liberté, société dans laquelle la compagnie suisse avait pris une participation en association avec Marine Wendel notamment, pour constituer "le deuxième pôle aéronautique français" aux côtés d'Air France. Cette stratégie avait été initiée par l'ancien patron de Swissair, Philippe Bruggisser, contraint à la démission au printemps en raison des pertes de la compagnie suisse. Le nouveau patron, Mario Corti, a reçu mandat du nouveau conseil d'administration pour remettre à plat l'ensemble des participations de Swissair dans des compagnies étrangères, ce qui s'est déjà traduit par son désengagement d'AOM/Air Liberté, et son repositionnement dans Sabena, la compagnie d'aviation belge. - 2001©Clicanoo.com - STOR Informatique / le Journal de l'île -