04 Août 2001 Le web de l'Humanité Transport Aérien: Un entretien avec le nouveau patron d'AOM-Air Liberté.
Après la décision du tribunal de commerce de Créteil de confier au projet Holco, emmené par Jean-Charles Corbet, la reprise d'AOM-Air Liberté, en redressement judiciaire, nous avons fait le point avec cet ancien pilote d'Air France de quarante-neuf ans, qui fut l'un des animateurs du Syndicat national des pilotes de ligne. Il a répondu à nos interrogations, entre deux rendez-vous avec les investisseurs et les anciens actionnaires de Swissair qui se sont engagés à éponger une part du passif de l'entreprise. Que ce soit sur le " plan social ", l'assise financière de l'entreprise et le type de relations qu'il entend développer avec les personnels et Air France, le nouveau patron d'AOM Air Liberté ne s'est pas dérobé. Entretien.
Quels sentiments avez-vous éprouvés en apprenant que le tribunal de commerce de Créteil avait retenu votre projet ? Jean-Charles Corbet. J'ai d'abord été saisi d'une grosse émotion. Vous direz qu'il s'agit d'une réaction très personnelle, mais ce sentiment réunissait mes propres impressions et celles des salariés d'AOM-Air Liberté qui se sont pleinement impliqués dans cette affaire. Nous étions dans une telle lutte au couteau sur ce projet, avec des interférences, des incidences, même de dernière minute un peu bizarre, qu'on était inquiet sur le résultat. Autant dire que pour nous la décision du tribunal a été un gros soulagement. Nous avons eu le sentiment d'avoir passé une étape supplémentaire et réalisé qu'AOM-Air Liberté n'était pas mort. Mais j'ai conscience que le plus dur reste à faire.
Quelles sont vos premières décisions ? Jean-Charles Corbet. Certaines sont déjà prises, d'autres sont en train d'être prises. Elles tournent autour de trois axes. Il fallait d'abord valider la décision du tribunal de manière à ce que la reprise et la cession de l'entreprise soient réelles et que les Suisses de Swissair donnent les contributions auxquelles ils se sont engagés, soit 1,3 milliards de francs, deux cent millions de francs de garantie et une aide sur les locations d'Airbus. · charge ensuite pour nous de continuer à aller chercher de l'argent chez des investisseurs qui se sont déclarés intéressés, et donc d'organiser de nouveaux tours de table en précisant que juridiquement c'est reparti et qu'on remet du monde dans les avions. Ensuite, il s'agit de valider le plan social, de trouver des critères justes et équitables de manière à ne pas repartir avec des fractures sociales fortes et avoir des gens blessés, déçus, qui n'aient plus confiance. Cela est en train de se faire. On a attaqué les discussions pour que les organisations professionnelles essaient d'imposer elles-mêmes leurs critères d'équité et de justice. Ce plan concerne 1 853 personnes. Nous, on a dit, en tant que repreneurs : " Il nous faut des postes. " Maintenant, c'est aux administrateurs de dire : " Voilà ce qu'il faut enlever et voilà des noms. " Ce n'est pas facile. C'est inhumain au possible. Enfin, troisième axe de nos décisions : il faut qu'on reparte tous du bon pied, que tout le monde soit motivé. C'est une responsabilité collective.
S'agissant du plan social, vous avez le sentiment d'avoir l'appui des organisations syndicales qui ont déjà voté en faveur de votre projet en comité d'entreprise ? Jean-Charles Corbet. Les syndicats travaillent sur ce point, car il s'agit d'une responsabilité collective. Depuis le départ, j'ai eu envie de leur dire : " Décidons nous-mêmes plutôt que de se laisser imposer des choix par la justice. " Mais, je répète que ce n'est pas facile.
Vous intégrez dans votre démarche l'esprit qui vous animait lorsque vous étiez l'un des militants en vue du Syndicat national des pilotes de ligne ? Jean-Charles Corbet. Tout à fait. Je sais par expérience que lorsqu'un syndicat décide d'imposer son point de vue, il a toutes les chances de réussir. Mais pour cela il faut une démarche collective unie. · partir de là on peut renverser des montagnes. Il n'y a qu'à voir : on n'est pas parti gagnant dans cette affaire et on a quand même fini par reprendre AOM-Air Liberté. Je crois donc que devant des critères difficiles à mettre en ouvre, si les syndicats ont une démarche unie avec des critères justes et équitables ils arriveront à s'imposer.
Vous avez évoqué le sort des gens qui quitteront l'entreprise, mais que va-t-il se passer pour ceux qui restent, est-ce que leurs statuts seront garantis ? Jean-Charles Corbet. Ils sont au nombre de 2 706 pour l'entreprise proprement dite et 3 200 avec les filiales. S'agissant des conditions du personnel, on va vers des modifications que tout le monde a acceptées. Il va falloir qu'on se relève les manches. Tout le monde l'a compris et tout le monde a envie de le faire, mais il faut qu'on le fasse ensemble, ce n'est pas à moi d'imposer les critères, je suis plus un médiateur que quelqu'un qui cherche à imposer. Je peux simplement, avec mon passé syndicaliste, dire : " Voilà ce qui est primordial, c'est l'équité, la justice. Ce sont des mots mais il faut les décliner. "
Quel sera votre titre dans l'entreprise ? Jean-Charles Corbet. François Bachelet sera le P-DG, moi je suis le président.
Le président du conseil de surveillance ? Jean-Charles Corbet. Aujourd'hui, il vaut mieux parler de comité de salut public. On travaille en binôme avec François Bachelet parce qu'on se connaît bien. J'ai la responsabilité des axes politiques de l'entreprise, c'est à moi de préciser comment on va la bâtir, et donc de mettre en place un véritable projet d'entreprise. En même temps, ma responsabilité est de tenir les engagements pris. Les salariés aussi se sont engagés. J'ai donc également la responsabilité de faire en sorte que leurs engagements soient tenus. Ainsi, sur le plan social je vais me battre pour que tous ceux qui se sont engagés à apporter une aide tiennent leur promesse.
Pour en revenir à l'assise financière de votre projet, on a beaucoup écrit sur son caractère fragile. Qu'en est-il exactement ? Jean-Charles Corbet. On va faire monter les investisseurs qui s'étaient déclarés intéressés mais qui attendaient les décisions du tribunal. Ces gens attendaient de voir si juridiquement nous étions les repreneurs et dans quelles conditions nous allions effectuer la restructuration.
Cela signifie-t-il que la MAAF pourrait vous rejoindre ? Jean-Charles Corbet. Pourquoi pas ? Mais je comprends mal ses motivations. Lorsqu'ils sont venus nous voir l'avant-veille du dépôt des candidatures, ils m'ont dit : " On participe mais on vous vire ! " Je ne vois pas bien ce qui se cachait derrière. Mais si la MAAF veut participer en apportant une véritable aide, elle est la bienvenue.
De quand datent vos relations avec la banque canadienne CIBC, et pouvez-vous envisager que le projet concurrent Fidei puisse se retrouver parmi vos investisseurs ? Jean-Charles Corbet. Sur le premier point je connais les dirigeants de CIBC depuis longtemps. Depuis ma période Air France, ils ont toujours été à mes côtés. Quant à Leucadia, si le fonds d'investissement de Fidei a envie de participer à cette aventure, il est, bien sûr, le bienvenu. Mais tout cela doit se discuter, se définir, s'évaluer, il faut savoir ce que les uns et les autres recherchent. Il y a une grosse partie d'éthique dans ce que nous sommes en train de bâtir. Nous sommes en train de définir les contours d'une entreprise un peu particulière, qui met en avant la richesse des personnels. C'est nouveau.
Vous nous avez parlé des engagements de Swissair, mais quid des responsabilités de l'autre actionnaire, la holding Taibout Antibes d'Ernest-Antoine Seillière ? Jean-Charles Corbet. C'est globalisé avec Swissair.
Quelles seront vos relations avec Air France ? Jean-Charles Corbet. Tout d'abord, s'agissant des relations purement commerciales, celles-ci vont se développer de manière normale. Nous allons nous concurrencer sur l'excellence et le service rendu et pas sur des points pourris comme réduire les prix des billets et se tirer dans les pattes. Ensuite, je crois qu'Air France a tout à perdre de voir des concurrents requins arriver sur le marché. En fait, si les deux concurrents français se respectent mutuellement, c'est plus compliqué pour des concurrents étrangers d'attaquer le marché. Air France a donc objectivement intérêt à connaître son concurrent plutôt que de voir arriver n'importe qui. On inaugure, en quelque sorte, une nouvelle ère de relations fortes et transparentes.
Vous êtes d'accord avec le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot lorsqu'il dit qu'il y a place en France pour un autre opérateur aérien qu'Air France ? Jean-Charles Corbet. Oui, tout à fait, le mot " opérateur " est plus juste que " pôle aérien ", qu'on a beaucoup utilisé. Oui, il y a de la place pour un deuxième opérateur à côté d'Air France, un opérateur qui travaille en complémentarité, car on n'a pas la même clientèle qu'Air France. Il faut la valoriser, la garder et l'augmenter, ce qui permettra de faire également grandir la clientèle d'Air France.
Vous cherchez à nourrir avec Air France des coopérations mutuellement avantageuses ? Jean-Charles Corbet. Exactement, c'est comme ça qu'il faut concevoir nos relations et Air France a un peu envie de cela.
On a dit que vous deviendrez la petite sour d'Air France. Jean-Charles Corbet. Non, je le répète, c'est l'intérêt des deux entreprises. Quand on est face à quelqu'un qui peut vous tuer à la première occasion, il faut être inventif pour imposer ses objectifs et prouver qu'on ne cherche pas à lui faire de l'ombre.
Allez-vous changer les noms des deux compagnies ? Jean-Charles Corbet. Il faut qu'on prenne un nom unique. AOM, ou Air Liberté, ou autre chose. C'est le personnel qui en décidera, je ne veux prendre aucun risque de fracture. - Entretien réalisé par Pierre Agudo -
04 Août 2001 Le figaro.fr Six mois pour redresser AOM-Air Liberté
Le pôle aérien va se doter d'un nouveau nom d'ici 2 à 3 semaines et fusionner dans 6 semaines. Objectif : se démarquer des autres compagnies et trouver sa place dans le ciel français. La nouvelle direction se donne jusqu'à début 2002 pour présenter un plan de redressement viable de la compagnie.
Président du conseil de surveillance d'AOM-Air Liberté, Jean-Charles Corbet donne six mois à la nouvelle direction pour présenter un plan de redressement viable et susceptible de séduire les investisseurs qui font encore défaut. «D'ici là, il faut être capable de conclure les accords de la nouvelle entreprise, a-t-il déclaré hier. J'ai la certitude que l'on va réussir.» Compte tenu du versement d'ici au 31 décembre par l'actionnaire Swissair de 1,3 milliard de francs français, Jean-Charles Corbet estime qu'AOM-Air Liberté présente une situation financière «lui permettant de tenir dix-huit mois». Et c'est seulement passé cette période que le développement de la compagnie sera véritablement mis en œuvre. Entre-temps, «un dialogue sera établi progressivement avec une dizaine d'investisseurs déjà en contact avec la banque d'affaires canadienne CIBC», qui soutient le projet de Jean-Charles Corbet, a expliqué la nouvelle direction. Pour l'heure, le plan de redressement comporte plusieurs volets. Tout d'abord, d'ici à deux ou trois semaines, AOM-Air Liberté va se doter d'un nouveau nom et les deux entités vont être fusionnées. Le plan social, géré par les administrateurs judiciaires nommés le 19 juin, prévoit le licenciement de 1 854 personnes sur 4 560. La liste des postes conservés à déjà été établie. Un premier comité d'entreprise, qui devrait se tenir en début de semaine, va maintenant arrêter la liste des personnes concernées par le licenciement. Certains salariés, après évaluation de leurs compétences, pourraient être repris par les compagnies Air France et Corsair (Nouvelles Frontières). En outre, la nouvelle direction réservera 160 millions de francs, lors de la première année, pour réorganiser les effectifs et 28 millions de francs pour reclasser les salariés quittant la société. La flotte, elle, va être réduite de moitié, passant de 60 à 30 appareils, tandis que les lignes les moins rentables vont être fermées. En ce qui concerne la nouvelle stratégie du pôle aérien, François Bachelet, président du directoire, n'entend pas, à l'instar de British Airways et Swissair par le passé,«pratiquer de dumping tarifaire» , mais concurrencer la première compagnie nationale en «essayant de se démarquer». Convaincu qu'AOM-Air Liberté peut trouver un nouveau créneau dans le transport aérien français, François Bachelet a déclaré : «Nous souhaitons offrir une alternative à une clientèle qui, en général, n'apprécie pas les situations de monopole. Nous comptons sur notre petite taille pour offrir un service plus personnalisé à nos clients.» De son côté, Jean-Claude Gayssot, ministre des Transports, a tenu, hier, à réaffirmer sa confiance dans «l'avenir de la demande de transport aérien tant en métropole que pour la desserte de l'outre-mer. Et il y a bien place pour un second pôle aérien, même s'il est aujourd'hui en convalescence». - © lefigaro.fr 2001. - Le Figaro est membre du réseau EDA. -04 Août 2001 Europe1.fr AOM-Air Liberté prêt à redécoller
Les repreneurs du deuxième pôle aérien français veulent rebaptiser la compagnie et lui insuffler une nouvelle politique alliant services de qualité et paix sociale. Selon eux, les 1853 salariés sur le départ seront reclassés. Objectif du PDG François Bachelet et du président du conseil de surveillance Jean-Charles Corbet : écarter les doutes "sur la pérennité de cette entreprise" pour attirer à nouveau les passagers et les investisseurs. Une semaine après la décision de la justice de leur confier les commandes, les deux hommes ont présenté vendredi les grands axes de leur stratégie, à commencer par leur volonté de fusionner les deux compagnies dans six semaines et de donner au nouvel ensemble un nouveau nom, en accord avec le personnel. Surtout, le 2ème pôle aérien français souhaite tourner le dos aux stratégies antérieures basées sur le "dumping tarifaire" avec Air France, pour améliorer la qualité des services. Par ailleurs, la nouvelle direction a rappelé son intention d'ouvrir une ligne quotidienne de Paris vers Alger à partir de novembre, un marché non exploité par Air France pour des raisons de sécurité. Sur le plan social, Jean-Charles Corbet a assuré que les 1853 salariés amenés à partir seront reclassés, tandis que François Bachelet s'est donné six mois pour "réécrire les différents statuts de la nouvelle entreprise (quelque 160), de manière transparente". - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Europe1.fr 2001 -
04 Août 2001 Clicanoo AOM-Air Liberté: Programme de reclassement
Tout le personnel licencié d’AOM-Air Liberté sera reclassé, a promis hier lors d’une conférence de presse le président du conseil de surveillance du pôle aérien français Jean-Charles Corbet. «Je conduirai ce travail pour retrouver un emploi à tous les salariés», a déclaré M. Corbet. «On va aller chercher partout où c’est possible», a-t-il ajouté, évoquant notamment l’intérêt manifesté par la compagnie de charters Corsair. Le projet Holco choisi pour reprendre AOM-Air Liberté prévoit de garder 2 706 des 4 559 salariés. Les 1 853 autres quitteront volontairement l’entreprise ou seront licenciés d’ici fin septembre. Outre 28 millions FF (4,27 M EUR) mis par Swissair dans la cellule de reclassement, Holco a provisionné 160 millions FF (24,39 M EUR) pour «accompagner le plan social», a précisé M. Corbet. La liste des postes supprimés a déjà été rédigée, a expliqué le président du directoire François Bachelet. Le comité d’entreprise se réunira lundi ou mardi pour tenter de mettre des noms devant ces postes, a-t-il ajouté. Par ailleurs, les deux compagnies sont amenées à fusionner rapidement et veulent mettre en œuvre une nouvelle stratégie de qualité des services et de paix sociale. Le pôle aérien va se doter d’un nouveau nom d’ici deux à trois semaines, fusionner dans six semaines et tourner le dos aux stratégies passées de British Airways et Swissair qui ont échoué, a expliqué le président du directoire François Bachelet. «Nous ne voulons pas faire de la concurrence à Air France par du dumping tarifaire, mais essayer d’être meilleurs», grâce à «une couleur, un ton à nous, une plus grande personnalisation du service. Nous voulons une compagnie qui se démarque», a-t-il déclaré. Les groupes britannique et suisse, qui ont cherché à concurrencer Air France sur le marché hexagonal via AOM et Air Liberté, ont selon lui eu «une vision stratégique très irréaliste», car «ils ont fortement méconnu la puissance considérable d’Air France sur son marché» et «ils ont ignoré, ou loupé, le volet social» en empilant les statuts du personnel. «Il y a de la place pour une autre compagnie dans le ciel français», a assuré M. Bachelet, en se disant bien décidé à écarter «les doutes que les uns et les autres émettent sur la pérennité de cette entreprise». «Nous voulons amener des clients supplémentaires au transport aérien français», a-t-il ajouté, aux côtés du président du conseil de surveillance Jean-Charles Corbet. - 2001©Clicanoo.com - STOR Informatique / le Journal de l'île -