28 Juillet  2001    Le figaro.fr Economie      Une nouvelle chance pour AOM-Air Liberté

Le tribunal de commerce de Créteil choisit l'offre de reprise menée par Jean-Charles Corbet, et baptisée Holco, pour sauver la compagnie aérienne. Une décision qui conclut plusieurs mois de déroute financière chez les actionnaires du groupe, en particulier Swissair et Marine-Wendel.

C'est le plan de reprise Holco présenté par un ancien pilote d'Air France, Jean-Charles Corbet, avec le soutien financier de la banque canadienne CIBC que le tribunal de commerce de Créteil a choisi, hier, pour assurer l'avenir de la compagnie aérienne AOM-Air Liberté. Celle-ci avait déposé son bilan le 15 juin avant d'être mise en redressement judiciaire quatre jours plus tard. Seize projets de reprise ont été déposés auprès des deux administrateurs judiciaires, dont six concernaient une reprise totale de l'activité mais avec un programme réduit. En effet, le projet Holco, fondé sur un apport financier de 230 millions de francs, ne prévoit de reprendre que 2 700 salariés sur un total récemment tombé au-dessous de cinq mille par suite de démissions. La flotte de la compagnie passera de cinquante à vingt-huit appareils. Le groupe Swissair, qui détient 49,5% du capital aux côtés du français Taitbout Antibes, a promis d'apporter une aide financière égale à 1,8 milliard de francs français ainsi répartie: un milliard en liquidités, 300 millions pour rembourser les billets émis non utilisés et l'équivalent de 500 millions sous forme de réductions de loyers d'avions pour les dix ans à venir, via sa filiale Flight Lease. La première difficulté consistera à obtenir davantage de liquidités de la part du groupe suisse, ce qui paraît peu probable. La rumeur selon laquelle le groupe Axa pourrait participer à cette reprise a été démentie hier. Reste peut-être la possibilité de s'entendre avec Maaf Assurances, groupe d'assurances qui soutenait un autre projet, celui de Marc Rochet, président de la compagnie. Ce projet, ainsi que celui de Fidei, ont donc été écartés. Marc Rochet, après avoir soutenu le projet Fidei, a monté le sien. Mais la forte hostilité d'une majorité des salariés à la personne même de Marc Rochet rendait ce choix difficile, pour ne pas dire impossible. La CGT avait même annoncé le dépôt d'un préavis de grève à partir du 30 juillet si le projet Rochet était retenu par le tribunal. En revanche, Jean-Charles Corbet a rallié à lui la quasi-totalité des syndicats et le comité d'entreprise qui lui a apporté son soutien avec dix-sept voix sur vingt. Le projet Corbet-Holco demande la paix sociale pendant la période de redressement qui va s'ouvrir ainsi qu'une diminution de 10% de la masse salariale des pilotes en échange d'actions. Leur participation au capital pourrait s'élever à 150 millions de francs. Après avoir échappé, hier, à la liquidation, AOM-Air Liberté va donc devoir ouvrir maintenant un vaste chantier de reconstruction. Parmi les nombreuses tâches qui attendent la nouvelle direction, il faut citer la fusion des deux compagnies, lancée précédemment mais qui n'a pas encore abouti, l'unification des très nombreux statuts du personnel et la mise sur pied du plan social qui permettra aux quelque 1 800 salariés licenciés de partir décemment. L'aspect commercial est également primordial car il s'agit de définir le nouveau réseau de la compagnie et, sans doute, de passer un accord avec Air France qui pourrait porter sur des partages de codes. A cet égard, la marge de manœuvre paraît étroite dans la mesure où la compagnie nationale ne peut se permettre d'affaiblir ses résultats ni de contrevenir aux règles européennes de la concurrence. En fait, il s'agit de redonner confiance à la clientèle qui, pour des raisons évidentes, se détournait de la compagnie depuis plusieurs mois. La situation reste donc fragile. Cependant, Jean-Charles Corbet estime qu'en 2004 la nouvelle compagnie aura un chiffre d'affaires annuel de 7,5 milliards de francs et un résultat d'exploitation positif de 430 millions. Pierre Kerlouegan - Droits de reproduction et de diffusion réservés © lefigaro.fr 2001. - Le Figaro est membre du réseau EDA.

28 Juillet  2001    Europe1.fr    L'horizon d'AOM-Air Liberté s'éclaircit

Il n'y aura pas de liquidation judiciaire des 2 compagnies dans l'immédiat : le projet "Holco" du pilote d'Air France Jean-Charles Corbet a été choisi pour une reprise globale. Bien que menacés, les salariés sont soulagés.C'est désormais un pilote qui tient le manche chez AOM-Air Liberté : Jean-Charles Corbet et son projet "Holco", épaulés par une banque canadienne, ont été préférés par le tribunal de commerce de Créteil au projet de la société française Fidei. Malgré un financement incomplet, le projet "Holco" bénéficiait du soutien massif des syndicats et des salariés et, sans doute, des pouvoirs publics. Dès l'annonce, la CGT a levé son préavis de grève pour lundi. Si un drame social de grande ampleur est évité, Jean-Charles Corbet, futur président du conseil de surveillance, a d'ores et déjà annoncé que seuls 2706 salariés seraient gardés sur un total de 4.559. Cela signifie que 1.853 employés vont être bientôt licenciés ou partir volontairement. Un accord prévoit notamment une paix sociale durant la période de redressement ainsi qu'une une diminution de la masse salariale des pilotes et mécaniciens navigants en échange d'actions. En apprenant "avec satisfaction" le choix d'Holco, le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot a assuré que "tous les moyens seront mis en oeuvre pour que personne ne soit laissé de côté". De son côté, Swissair Group a salué la "bonne nouvelle". Le projet Holco prévoit, en principe, que ce groupe qui détient 49,5% des compagnies débourse plus de 1,4 milliard de francs en liquidités. - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Europe1.fr 2001

28 Juillet  2001    Clicanoo    AOM: Ouf!

Sous la menace d’une liquidation pure et simple depuis sa mise en redressement judiciaire le 19 juin, AOM-Air Liberté a gagné au moins quelques mois de survie par la décision hier du tribunal de commerce de Créteil (Val-de-Marne) de confier son sort à Jean-Charles Corbet. Malgré un financement incomplet, le tribunal a préféré le projet dit «Holco» de M. Corbet (épaulé par la banque canadienne CIBC), à celui de la société française Fidei. Le premier bénéficiait il est vrai d’un atout de taille : le soutien massif des syndicats et des salariés et, selon plusieurs sources anonymes, des pouvoirs publics.
Compte tenu de l’opposition frontale des syndicats au président sortant Marc Rochet, l’offre de ce dernier était condamnée.

«Satisfaction» de Jean-Claude Gayssot

Après avoir déjà joué un rôle dans le sauvetage d’Air France il y a quatre ans, en faisant signer aux pilotes un accord de baisse des salaires en échange de leur entrée dans le capital, le pilote de ligne a obtenu cette semaine un accord identique avec les pilotes d’AOM-Air Liberté, ce qui a sans doute contribué à son succès. «Je ne suis qu’un pilote d’Air France, un porte-parole des aspirations de tous les salariés», a-t-il déclaré à la sortie du tribunal, assurant avoir répondu à un «appel au secours collectif». Le jugement est «un message d’espoir», a-t-il ajouté. Dès l’annonce, la CGT a levé son préavis de grève pour lundi. La décision du tribunal permet d’éviter un drame social: Jean-Charles Corbet a promis de garder 2 706 salariés sur un total actuel (démissions comprises) de 4 559. Mais ce qui signifie aussi que 1 853 employés vont être bientôt licenciés ou partir volontairement. «Il ne faut pas oublier les salariés qui vont nous quitter de toute manière», a réagi dès la sortie de l’audience le co-secrétaire CFDT du comité d’entreprise Serge Monnin.
En apprenant «avec satisfaction» le choix d’Holco, le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot a assuré de son côté que «tous les moyens seront mis en œuvre pour que personne ne soit laissé de côté». Au terme du jugement, l’actionnaire d’AOM-Air Liberté à 49,5%, Swissair Group, devra verser comme il l’a promis 1,3 milliard de F de liquidités pour la restructuration de la compagnie française, et ce avant mardi 31 juillet. Swissair, qui a salué hier à Zurich la «bonne nouvelle», s’est aussi engagé à faire économiser au repreneur 530 millions de francs de loyers d’avions au cours des dix prochaines années.

Main tenduevers la Maaf

En contrepartie, AOM-Air Liberté et son repreneur renoncent à toute action judiciaire à l’encontre des deux actionnaires qui avaient refusé en mai de renflouer le compagnie, ce qui avait entraîné sa faillite: le groupe helvétique d’une part, et le holding Taitbout-Antibes du patron des patrons français Ernest-Antoine Seillière d’autre part. Contrairement aux autres projets de reprise, qui voulaient réduire considérablement la voilure commerciale du pôle aérien pour faire face à la crise, le projet de Jean-Charles Corbet est ambitieux, prévoyant un retour aux bénéfices dès 2003, mais souffre en conséquence d’un handicap financier. «L’entreprise a été mise dans une situation telle que ce sera très difficile», a averti M. Monin, en espérant néanmoins que la proximité du repreneur et des salariés va «restaurer une dynamique». L’apport de 230 millions présenté par Holco (80 millions de sociétés de capital-risque, et 150 des pilotes en échange d’actions) est insuffisant, ce qui explique la main tendue aux assurances Maaf, qui soutenaient M. Rochet. «Nous sommes convaincus que votre adhésion au projet sera un élément supplémentaire fort de la réussite de la nouvelle entreprise», a écrit vendredi M. Corbet à la Maaf, qui prévoyait d’apporter 25 millions à Marc Rochet. Les salariés entreront au capital d’Holco à hauteur de 34% et son Pdg n’en sera pas Jean-Charles Corbet lui-même, mais François Bachelet.

La chimère d'un deuxième pôle aérien

La mésaventure des compagnies AOM/Air Liberté consacre l’échec des tentatives de créer un deuxième pôle aérien en France capable de croiser le fer avec la compagnie publique Air France. «A côté de la compagnie nationale Air France (...) il y a place en France pour un autre opérateur aérien», martèle depuis des mois le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot. Mais il n’est pas question de concurrence. Le ministre, qui s’est engagé à ce qu’aucun employé d’AOM/Air Liberté ne «reste sur le carreau», préconise que le deuxième pôle aérien n’opère que sur les routes où Air France et le TGV - le seul rival de la compagnie publique en France- sont absents ou pas assez présents. AOM/Air Liberté pallierait les lacunes des deux grandes entreprises de transport public, en assurant des dessertes domestiques vers les villes non reliées par le TGV et vers les territoires et départements d’outre-mer (DOM-TOM). Troisième axe d’activité, le charter, aussi bien pour la France que les DOM-TOM. Les compagnies privées ne peuvent donc désormais assurer leur survie que grâce à une entente avec le géant de l’aérien français, et son actionnaire majoritaire, l’Etat français.

Air France maître incontesté du marché aérien

Six ans après la libéralisation du ciel dans l’Hexagone, Air France, qui a également fédéré sous son égide les compagnies régionales (Regional Airlines, Proteus, Flandre Air, BritAir), est le maître incontesté du marché aérien. Les tentatives de certains de ses grands concurrents étrangers, comme le britannique British Airways et l’helvétique Swissair, de venir l’attaquer sur son territoire, via Air Liberté et AOM, se sont soldées par de cuisants et onéreux revers. Les raisons de l’échec d’AOM/Air Liberté peuvent se résumer en quatre points. D’abord les pouvoirs publics ont toujours tout fait pour protéger Air France ces dernières années, en rendant difficile par exemple l’obtention des droits de trafic pour les concurrents. Ensuite, le TGV s’est affirmé comme un redoutable rival sur les lignes intérieures et européennes (avec Bruxelles et Londres). Autre raison: la gestion imposée par Swissair, avec des filialisations d’activité (commercial, maintenance) n’a pas fonctionné, creusant les pertes et démotivant le personnel.

Le rêve de Couvelaire

Enfin les compagnies, ballottés ces dernières années entre les mains de différents actionnaires, ont été déstabilisées et ont manqué à la fois de moyens et de stratégie à long terme, comme l’illustre leur histoire. Celle d’AOM est exemplaire. Née en 1992 de la fusion de deux compagnies déjà mal en point, Minerve et Air Outre-Mer, elle connaît des début difficiles et doit sa survie à l’injection de plusieurs centaines millions de FF par son actionnaire unique, Altus Finance, filiale du Crédit Lyonnais. En 1995, elle dégage pour la première (et dernière) fois des bénéfices sous la présidence de Marc Rochet, actuel patron d’AOM/Air Liberté. Air France traverse à l’époque une passe difficile, et ne devra son redressement qu’à une recapitalisation de quelque 20 milliards de FF par l’Etat. Alexandre Couvelaire prend en 1996 les rênes d’AOM. Après la débâcle du Crédit Lyonnais, la compagnie est transférée dans le consortium de réalisation (CDR), avant d’être vendue en 1999 à Swissair, et son allié français Marine-Wendel d’Ernest-Antoine Seillière. Le groupe de Zurich rachète au printemps 2000 la part de British Airways dans Air Liberté - présidé à l’époque par Marc Rochet -, que convoitait aussi Air France. L’idée d’un rapprochement entre Air Liberté et AOM, déjà tenté en 1996, ressurgit à ce moment-là, sous la férule de M. Couvelaire qui pense le moment venu de réaliser son rêve : créer un réel concurrent à Air France. - 2001©Clicanoo.com - STOR Informatique / le Journal de l'île -