19 Juin 2001 TF1.fr Les juges offrent un sursis à AOM-Air Liberté
Le pôle aérien français a été autorisé par le tribunal de commerce de Créteil à poursuivre ses activités. Mais le groupe sera placé sous surveillance judiciaire pendant trois mois. Cinq candidats sont en lice pour le rachat d’AOM-Air Liberté. Une éclaircie dans le ciel très noir d’AOM-Air Liberté. Le pôle aérien français, en dépôt de bilan depuis vendredi, a été autorisé par le tribunal de commerce de Créteil à poursuivre ses activités, en étant placé sous surveillance judiciaire pendant trois mois. Le président du tribunal Christian Rousselin a annoncé la mise en redressement judiciaire de l'ensemble du deuxième pôle aérien français, y compris Air Liberté qui fait toujours l'objet d'un plan de continuation hérité d'un premier dépôt de bilan en septembre 1996. Les autres sociétés en dépôt de bilan liées à AOM-Air Liberté, la compagnie aérienne TAT (en location gérance chez Air Liberté depuis 1997) et les filiales HRS (restauration à bord), MAG (assistance aux Antilles et en Guyane) et Air Liberté Industrie (ALI, maintenance d'Air Liberté) ont également été placées en redressement judiciaire avec une période d'observation de trois mois. Devant le refus de recapitalisation de ses actionnaires (voir encadré), AOM-Air Liberté pouvait en théorie être placé en liquidation judiciaire, ce qui aurait été synonyme d'arrêt de mort pour les compagnies, qui ne disposent de trésorerie que jusqu’à la mi-juillet au mieux. "Le délai de trois mois nous paraît à même de permettre de peaufiner des projets de reprise, qui sont pour l'instant au stade d'ébauche", s'est félicité Serge Monnin (CFDT), secrétaire du comité d'entreprise. Aujourd'hui, cinq candidats à une reprise totale ou partielle se sont fait connaître: le délégué SNPL Jean Immediato, auteur d'un plan de reprise par les salariés (RES), Corsair (Nouvelles Frontières), Easyjet, le londonien AITI Holding et, dernière en lice, la société foncière française Fidei.Le concurrent d'Air France
Avec ses 69 appareils et ses 5160 salariés, le groupe AOM - Air Liberté devait être le deuxième pôle aérien français, capable de concurrencer Air France. L’an dernier, les deux compagnies qui le compose ont transporté sept millions et demi de passagers, réalisant ainsi un chiffre d'affaires de 3,6 milliards de francs. Malgré cela, le groupe n’a pu éviter une perte nette de 3 milliards de francs en 2000, ce qui a provoqué le retrait de ses deux actionnaires, le groupe helvétique Swissair (49,5%) et la holding Taitbout-Antibes (51,5%) (contrôlée par Marine Wendel, la société d’Ernest-Antoine Seillière). Malgré tout, les deux compagnies conservent des atout de taille, puisqu'elles détiennent le tiers des créneaux horaires (slots) sur l'aéroport d'Orly et proposent quelque 40 destinations vers les grandes villes de métropole et des DOM-TOM français. De quoi séduire d’éventuels repreneurs.
19 Juin 2001 Clicanoo Transport Aérien: Y a-t-il un pilote dans l'avion?
Il ne reste plus qu’une demie-journée. Et le suspense s’envolera. C’est en effet aujourd’hui que l’ensemble du personnel d’AOM-Air Liberté sera fixé sur leur sort. Après le dépôt de bilan de la société, hier matin, devant le tribunal de commerce de Créteil, cette juridiction aura la charge de dire la sentence. Soit, le tribunal prononce la liquidation judiciaire, à savoir la mort de la compagnie aérienne. Soit, il prononce le redressement judiciaire. Et là, tout est encore possible. Aussi bien les professionnels du voyage que les élus locaux privilégient cette deuxième hypothèse, qui offrirait une petite bouffée d’oxygène au personnel d’AOM-Air Liberté, mais surtout aux voyageurs, nombreux à avoir déjà réservé leurs billets d’avion pour les prochaines vacances scolaires. Sans compter tous les autres voyageurs (étudiants, sportifs...) Les élus de la Réunion ne restent évidemment pas insensibles à ce problème, mais pour ne rien cacher, ils ne maîtrisent pas vraiment la situation pour l’instant. Tout se joue certes devant le tribunal, mais il s’agit aussi et surtout d’une question de milliards de francs. A l’exception d’André Thien-Ah-Koon, qui fait preuve d’un optimisme sans faille, les autres politiques se montrent prudents. “Je ne suis pas du tout inquiet pour l’avenir d’AOM, du moins pour la desserte aérienne de l’Outre-mer”, laisse entendre le député-maire du Tampon. “Je ne sais pas si la compagnie s’appellera toujours AOM, mais en tout cas, je reste persuadé qu’elle trouvera repreneur”. Pourquoi une telle confiance ? “Parce que depuis environ un mois et demi, deux repreneurs sont sur les rails. Et c’est en bonne voie”, avoue Tak.“A QUELQUES MOIS DE LA PRÉSIDENTIELLE...”
André Thien-Ah-Koon ne souhaite toujours pas dévoiler l’identité du bon et milliardaire Samaritain. Il faudrait en effet au moins 2 milliards de francs dans un premier temps pour remettre en route (ou plutôt dans les airs) la compagnie aérienne. Le député-maire du Tampon aurait tendance à opter pour un plan de redressement judiciaire accompagné d’un plan social. Jean-Luc Poudroux, président du Département, ne se montre pas aussi optimiste que Tak, mais il se veut serein. “Je pense que le gouvernement, et notamment le ministère de Jean-Claude Gayssot, qui travaille sur ce dossier depuis quelques semaines déjà, va habiller la mariée pour la rendre plus belle, ou moins moche”. Autrement dit, beaucoup plus accessible à un repreneur. “A plusieurs reprises, au cours de ces derniers mois, j’ai eu l’occasion d’attirer l’attention du gouvernement sur les risques pour le désenclavement de la Réunion, en cas de cessation des activités du pôle aérien AOM-Air Liberté. En assurant depuis plusieurs années, un lien régulier entre la métropole et notre île, le groupe AOM-Air Liberté a largement contribué au développement économique et social de la Réunion, tant en terme de tourisme, d’exportations de produits agricoles frais, qu’en terme de voyages à caractère familial, culturel ou sportif”. Jean-Luc Poudroux précise que, dans l’hypothèse d’une liquidation judiciaire du groupe (hypothèse qu’il ne souhaite pas), “le Département ne restera pas insensible à cette question fondamentale de la desserte aérienne régulière et à des tarifs raisonnables de la Réunion. Le conseil général sera amené à prendre ses responsabilités pour que soient maintenues les conditions du nécessaire désenclavement de notre île”. Concrètement ? “Par le biais d’Air Austral”, répond le président du Département. Une éventualité qu’avance depuis plus d’un mois son homologue de la Région, Paul Vergès. Pas plus tard qu’hier aux matinales de radio Réunion, le sénateur communiste a évoqué la possibilité pour la compagnie régionale d’assurer les liaisons Paris-Réunion-Paris. Au-delà des mots, il s’agit avant tout d’un souhait, d’une déclaration d’intention, au même titre que tous les propos qui ont pu être avancés jusqu’ici par les autres élus, de gauche comme de droite. En fait, personne, et surtout pas les élus locaux, ne disposent des cartes nécessaires pour assurer l’avenir d’une compagnie aérienne. Jean-Luc Poudroux le dit d’ailleurs sans aucune honte. “Je nous vois vraiment mal en train de jouer dans la cour des grands. C’est une affaire de plusieurs milliards de francs”. Quant à la faisabilité technique et économique des liaisons vers la métropole par Air Austral, le président du Département, également président de la Sematra, signale qu’il n’a actuellement aucun document qui lui permette d’abonder dans ce sens. Ou dans le sens inverse. Du côté de la Région, on précisait hier soir que Paul Vergès se trouve en ce moment même à Paris “pour diverses réunions dont celles concernant AOM-Air Liberté”. Plus qu’une solution, en cas de liquidation judiciaire, la Région insiste sur “certains principes pour faire prendre conscience de la gravité de la situation, tels que les 30% du trafic qui resteront à combler si AOM devait disparaître”. A l’image des Mauriciens, Paul Vergès considère que “les Réunionnais doivent prendre en main leur développement, problème indissociable à celui du désenclavement aérien”. Un thème de réflexion, en somme, qui concerne l’avenir de la Réunion, son désenclavement. Mais en cas de situation d’urgence, c’est-à-dire si le tribunal de Créteil prononce aujourd’hui la liquidation judiciaire d’AOM, inutile de dire que les élus seraient aussi impuissants que le voyageur lambda. Tout le monde sait que les mots ne suffisent pas à faire décoller un avion. Mais les élus sont également persuadés qu’à quelques mois d’une échéance électorale importante comme la présidentielle, le gouvernement ne va pas laisser “disparaître comme ça” une compagnie aérienne, sachant que cette situation pénaliserait des milliers de domiens. A suivre !
LES RÉACTIONS DES SALARIÉS RÉUNIONNAIS: Sereins, mais pas trop
Après l’annonce du dépôt de bilan, les salariés locaux d’AOM-Air Liberté naviguent entre espoirs déçus et confiance à tout prix. Ils n’imaginent pas une seconde la liquidation judiciaire et s’estiment mieux lotis que leurs collègues de métropole. Une bonne quarantaine. Le nombre d’employés dans les agences AOM-Air Liberté installées à la Réunion. Le gros des troupes est formé par le bataillon des agents de réservation. Une large majorité d’entre eux semble rester sereine face aux déboires à répétion de leur entreprise. Les dessertes vers les DOM ont toujours été les moins menacées et personne ne veut croire à une liquidation judiciaire, aujourd’hui devant le tribunal de commerce de Créteil. “Nous sommes plus à l’abri, un peu moins dans le stress que nos collègues de métropole à propos de la pérennité de nos emplois, confie Marie*. De toute façon, elle et ses collègues sont coupées des représentants syndicaux du pôle aérien.
“DÉMOTIVÉES PAR TOUTES CES GALÈRES”
Aucun d’entre eux n’a été élu à la Réunion et personne ne s’est jusqu’à présent décidé à établir un lien solide.Les salariés locaux sont au courant des épisodes de la saga au même rythme que le quidam lambda. “Nous avons juste un numéro de téléphone où nous pouvons appeler et nous recevons des fax les jours de grève”, précise Marie. Pour le moment, elle a participé, comme tout le monde ici, à une seule journée d’action. Celle suivant l’annonce du plan de restructuration prévoyant la suppression d’un tiers des emplois. Sa crainte principale se nomme Nouvelles Frontières, repreneur potentiel régulièrement évoqué. “Ils ont déjà une équipe sur place, je ne pense pas qu’il y aurait de la place pour tout le monde”, explique-t-elle. La pression, ce sont aussi et surtout les clients qui l’ont exercé samedi dernier après l’annonce du dépôt de bilan. Ce jour-là, le téléphoné a sonné sans discontinuer. “Quasiment tous les billets pour les mois de juillet et août sont réservés. Les clients ont peur de ne pas pouvoir partir et beaucoup ont cru que le dépôt de bilan signifiait la mort définitive d’AOM-Air Liberté”, raconte Caroline. Avant d’avouer que, “démotivée par toutes ces galères”, elle a pour la première fois “jeté” des passagers trop insistants. En général, ces derniers sont pourtant très compréhensifs et certains n’hésitent pas à passer dans les agences. “Pour nous souhaiter bon courage et un repreneur, ou alors pour se plaindre des tarifs pratiqués par Air France”, glisse Caroline. Depuis sept ans qu’elle travaille à Air Liberté, elle a vécu toutes les turpitudes et les espoirs déçus de la compagnie. “Pour l’instant, j’attends, je n’écoute même plus les infos. On a tellement attendu des jours meilleurs qu’on commence à saturer. Je me contente d’espérer”, dit-elle. Saluant le soutien démontré par les personnels concurrents, elle stigmatise l’attitude de celui d’Air France. “Nous ne sommes pas loin les uns des autres, mais jamais aucun d’entre eux n’est passé pour nous dire un petit mot”, lance-t-elle. De l’autre côté, Annie, agent de la grande compagnie nationale, admet ne pas prendre de nouvelles. “Ce n’est pas que ça m’intéresse, pas mais je n’ai pas d’amis chez eux”, dit-elle. Elle regrette la situation d’AOM-Air Liberté et comprend les affres par lesquels passent ses employés : “Ce n’est pas drôle pour eux. Je m’en rends d’autant mieux compte que nous avons vécu la même chose en 1992, quand Air France se trouvait au plus mal et s’en est sorti grâce au soutien de l’Etat. Et puis ce n’est pas dans notre intérêt qu’ils disparaissent car jamais nous ne pourrions jamais absorber tout le flux de voyageurs supplémentaires.” (* A la demande des personnes interrogées, tous les prénoms ont été modifiés.)
JOËL FURIGA, DIRECTEUR D'AIR LIBERTÉ À LA RÉUNION: "Je ne crois pas à la liquidation"
Tout au long de la journée d’hier, des clients inquiets ont appelé les agences locales d’AOM - Air Liberté pour tenter d’obtenir des informations après l’annonce jeudi de la semaine dernière du dépôt de bilan des deux compagnies. Hier, des deux vols prévus, un seul s’est posé à 10h30. “Nous disposons globalement de peu d’informations, indique Joël Furiga, directeur local d’Air Liberté. La garantie d’assurer les vols était acquise jusqu’à fin juin. Maintenant, tout est suspendu à la décision du tribunal de commerce mardi (NDLR, aujourd’hui). Personnellement je ne crois pas à la liquidation. Nous bénéficierons dans le cadre d’un redressement judiciaire d’un plan de continuation”. Dans cette hypothèse, AOM - Air Liberté bénéficierait d’un sursis de quatre mois, renouvelable une fois. Même si la compagnie sera ramené à réduire la voilure, les lignes des DOM devraient être préservées. Pour le mois de juillet - août, les deux compagnies ont pour l’instant programmé douze vols par semaine soit 15 000 passagers à acheminer dans les deux sens. “Actuellement ces rotations sont remplies à 80% à l’aller, comme au retour”, souligne Joël Furiga.
M. LOUPY, PRÉSIDENT DE LA SECTION LOCALE DU SYNDICAT NATIONAL DES AGENTS DE VOYAGES: "Nous sommes dans l'attente"
Les agences de voyages affiliées au Syndicat national des agents de voyages (SNAV) soit la quasi totalité des agences de voyages locales ne vendent plus de billets AOM - Air Liberté pour le mois de juillet. “Nous n’émettons de billets que pour les départs les plus rapprochés, confirme M. Loupy, président de la section locale du SNAV. Tout dépendra de la décision du tribunal de commerce. Si il y a un plan de continuation, ce que je crois personnellement, nous reprendrons les ventes.” Dans cette phase d’incertitudes, le SNAV a pris au plan national des garanties pour les clients des agences de voyages qui lui sont affiliées. Ces dispositions concernent les passagers qui ont commencé un voyage avec un billet AOM - Air Liberté ou sont déjà en possession d’un aller-retour sur ces compagnies.
ALAIN MACÉ, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE ET D'INDUSTRIE: " L'aéroport perdrait 18 MF pa an"
AOM - Air Liberté, c’est
aujourd’hui 32% de part de trafic annuelle sur l’axe Réunion - Paris soit
environ 300 000 passagers par an. Les deux compagnies transportent 5 000 tonnes
de fret annuellement soit 25% de la capacité offerte globalement. “Nous
estimons que la disparition d’AOM - Air Liberté ferait perdre 18 millions de
francs chaque année à l’aéroport”, indique Alain Macé, président de la
CCIR, concessionnaire des installations aéroportuaires. Mais pour Alain Macé,
au-delà du manque à gagner financier la disparition des deux compagnies
porterait un coup sensible à la mobilité entre la Réunion et la métropole.
“Exemple concret, illustre le président de la CCIR. A la chambre nous
envoyons des personnes en formation en métropole. Il est impossible
aujourd’hui de trouver des places. Sur Air France il faut s’inscrire sur une
liste d’attente pour un départ le 1er juillet.” Avec ses collègues des
Antilles et de la Guyane, Alain Macé a alerté le secrétaire d’Etat aux
DOM-TOM Christian Paul sur le problème de la desserte aérienne il y a deux
mois lors d’une rencontre à Paris. “J’ai remis la question sur le tapis
quand le ministre est venu à la Réunion pour présenter la loi
d’orientation. Si AOM - Liberté disparaissait, des pans entiers d’activité
liés au tourisme seraient menacés. Le tourisme est la première industrie de
notre île, il ne faut pas la fragiliser.”
Alain Macé lui non plus ne croit pas au scénario catastrophe de la liquidation
pure et simple. “Je suis un ancien juge du tribunal de commerce,
rappelle-t-il. Les compagnies vont à mon avis bénéficier d’un redressement
judiciaire et dans ce cadre d’un plan de continuation qui leur donneront un répit
d’au maximum huit mois pendant lequel une solution pourra être trouvée”.
Cela n’empêchera pas le dossier d’être à l’ordre du jour de la réunion
de l’Union des ports autonomes et des chambres de commerce, regroupant la
Guadeloupe, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie qui se tient actuellement
dans notre île.Et si AOM - Air Liberté devait disparaître ? “Les Malgaches
et les Mauriciens sont parvenus à construire leur compagnie. Pourquoi pas nous
? La solution de développer Air Austral et de la positionner sur l’axe Réunion
- Paris ne me paraît pas irréaliste. Il faut cependant que le dossier soit correctement
ficelé sur le plan financier et que le coût du billet ne mette pas en péril
l’équilibre de la compagnie.”. - Yves Mont-Rouge/ Philippe Romain/ Alain
Dupuis -
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Transport Aérien: Jour J pour AOM-Air Liberté
Le tribunal, qui doit choisir entre redressement ou liquidation judiciaire, devrait opter pour la première solution, la compagnie disposant encore d’un reliquat de trésorerie permettant, selon la direction, de poursuivre l’activité «jusqu’au 10 juillet environ». Cette procédure ne rassure pas ceux qui craignent, à la direction comme chez les salariés, que celle en cours ne se traduise par une vente par appartement synonyme de démantèlement de la compagnie. «C’est un scénario de plus en plus possible», craint-on à la CGT, alors que la direction s’avoue «sceptique» sur la possibilité d’une reprise de l’ensemble des activités d’AOM-Air Liberté: «Cela va être très difficile, car les délais de décision sont très courts.» La mise en dépôt de bilan décidée vendredi a sonné le glas des espoirs de voir un repreneur providentiel s’entendre avec les actionnaires d’AOM-Air Liberté, Swissair et l’établissement Marine-Wendel d’Ernest-Antoine Seillière, qui se sont refusés à combler les quelque 3,2 milliards de francs de déficit (coût de restructuration compris) de la compagnie.CINQ CANDIDATS DÉCLARÉS
Aujourd’hui, alors que le déficit appelle une règlement incluant repreneurs potentiels et actionnaires actuels, cinq candidats à une reprise totale ou partielle se sont fait connaître. Dernière en lice, la société foncière française FIDEI a estimé qu’il lui serait «très difficile» de refaire une offre une fois le dépôt de bilan déposé, tout en ajoutant qu’elle allait toutefois «encore regarder les choses de très près». FIDEI faisait partie des «trois repreneurs sérieux qui s’étaient portés candidats à un rachat global de la compagnie avant le dépôt de bilan», cités par le ministère des Transports. Autre candidat, le groupe de conseil londonien AITI Holding, qui a confirmé vendredi «son intérêt». Mais la direction, comme les syndicats d’AOM-Air Liberté, jugent cette candidature «peu sérieuse». Les autres candidats sont le délégué SNPL Air Liberté Jean Immediato, à la tête, avec d’autres pilotes, d’un plan de reprise de la compagnie par les salariés (RES), et les compagnies Corsair (Nouvelles Frontières) et Easyjet, cette dernière semblant plutôt intéressée par une reprise partielle des actifs d’AOM-Air Liberté. L’audience du tribunal débutera à 10h tandis que les syndicats seront reçus au ministère des Transports.
QIE VA-T-IL SE PASSER APRÈS LA DÉCISION DU TRIBUNAL ?
Le tribunal de commerce de Créteil, qui rend aujourd’hui son jugement sur le dépôt de bilan d’AOM/Air Liberté pourra décider soit une liquidation pure et simple, hypothèse la moins probable, soit une mise en redressement judiciaire. A compter de ce jugement, l’entreprise, qui a déposé son bilan vendredi, ne paiera plus les dettes contractées avant la décision du tribunal. Mais elle devra régler celles nées après le jugement. La liquidation pourrait être décidée dès mardi si le tribunal estime que l’entreprise est définitivement dans l’impasse. La compagnie peut vivre sur sa trésorerie jusqu’aux environs du 7 juillet selon les syndicats, jusqu’au 10 juillet, selon la direction. Hostile à une liquidation, le ministre des Transports, Jean-Claude Gayssot, a jugé dans un entretien hier au quotidien “L’Humanité” qu’une telle procédure serait «une absurdité au plan humain autant qu’industriel». Mais le tribunal devrait plutôt privilégier le redressement judiciaire qui donne le temps de trouver un ou plusieurs repreneurs, si la compagnie était cédée par lots. Il décidera aussi la durée de cette phase d’observation - six mois au maximum - qui pourra être interrompue ou prolongée. «Sa durée est fixée en fonction de la trésorerie de l’entreprise ou des prêteurs engagés à la soutenir», a expliqué un avocat.
TROIS SOLUTIONS
Les juges nommeront également un ou des administrateurs judiciaires. Leur mission sera d’assister la direction de l’entreprise en difficulté (3 milliards de francs de perte nette en 2000). L’administrateur judiciaire devra rechercher des solutions pour les salariés (environ 5 000 personnes) et les créanciers de la compagnie. Pendant cette période d’observation, l’entreprise devra régler ses factures et l’intégralité des salaires. A l’issue de la période d’observation, ou avant si le tribunal le décide, le dossier AOM/Air Liberté reviendra devant les juges. Le tribunal aura alors le choix entre trois solutions. Il pourra opter pour un plan de continuation de l’activité. Mais la compagnie devra alors régler toutes ses ardoises, y compris celles antérieures au jugement d’aujourd’hui. A l’opposé, les juges pourront jeter l’éponge et prononcer la liquidation de l’entreprise à compter de l’épuisement de sa trésorerie. L’administrateur judiciaire devra alors remercier l’intégralité du personnel dans le cadre d’une procédure de licenciement économique. La troisième solution serait une reprise de la société soit globalement, soit par morceaux. Le tribunal devra définir un ou des plans de cessions. Si un ou des pans d’activité ne trouvent pas de repreneurs, les juges décideront pour ceux-là une liquidation. En cas de reprise ou de continuation d’activité, le tribunal pourra également autoriser l’administrateur judiciaire à licencier une partie du personnel en fonction des projets d’activité retenus. . - 2001©Clicanoo.com - STOR Informatique / le Journal de l'île -