14 Juin 2001 TF1.fr AOM-Air Liberté: le dépôt de bilan repoussé
On craignait que le dépôt de bilan de la compagnie aérienne ne soit prononcé lors du comité d’entreprise de jeudi matin. La question n’était pas à l’ordre du jour. Mais ce n'est qu'un répit : la direction l'envisage à "très brève échéance". La question d'un "dépôt de bilan n'était pas à l'ordre du jour aujourd'hui". A sa sortie du comité d'entreprise d'AOM-Air Liberté, Gilles Simon, délégué CGT, a soulagé très temporairement les craintes des salariés. Ceux-ci envisageaient qu'une telle solution soit annoncée dès aujourd'hui. Mais il semble que ce ne soit que partie-remise. Marc Rochet, le président, a en effet indiqué que ce dépôt de bilan pourrait intervenir "à très brève échéance, sauf changement de dernière minute et, ou formalisation imminente d'une nouvelle offre". "Il appartiendra au tribunal de commerce de Créteil, dûment compétent, d'examiner lorsqu'il sera saisi, les conditions dans lesquelles Air Liberté-AOM pourra ou non poursuivre son activité" explique la direction dans un communiqué. M. Rochet confirme ainsi les propos rapportés par les élus syndicaux présents au comité d'entreprise. La société ne disposerait que d'une trésorerie lui permettant d'assurer ses engagements à très court terme - jusqu'au 25/28 juin-, mais non à moyen ou long terme. Fadhila Brahimi, déléguée CFDT, explique qu'il "manque 70 millions pour boucler le mois et ainsi assurer la paie de juin". La direction a directement imputé la situation de "blocage" à la holding d'Ernest-Antoine Seillière, Marine Wendel, qui refuse de participer au financement du plan social et de restructuration. Sur les trois milliards de francs nécessaires, les dirigeants de la Swissair sont prêts à mettre 1,5 à 2 milliards. Mais ils attendent que M. Seillière s'aquitte de la différence, ce qu'il a refusé jusqu'ici. Pendant la réunion du comité d'entreprise, une cinquantaine de mécaniciens d'AOM-Air Liberté manifestaient dans le même temps pour "faire savoir à M. (Marc) Rochet que son personnel existe et en a ras le bol". "Ca fait deux mois que ça dure et l'on sait que la compagnie risque de fermer mais rien ne vient tant du côté de la direction, que des actionnaires, jusqu'à maintenant on a été gentil mais il faut qu'on nous dise clairement ce qu'il en en est de l'avenir", souligne Xavier Régnier, délégué du personnel d'Air Liberté. "Il est du devoir des actionnaires de mettre de l'argent pour sauver la compagnie".
14 Juin 2001 Clicanoo Première proposition pour le rachat d'AOM-Air Liberté
Environ 2.000 manifestants se sont rassemblés en début d'après-midi devant l'aérogare d'Orly-Sud pour défendre la survie d'AOM-Air Liberté et, plus généralement, l'activité sur l'aéroport d'Orly, qui pâtirait largement d'une liquidation de la compagnie aérienne, qui compte 5.500 salariés. Une double revendication qui explique la présence, aux côtés des salariés d'AOM-Air Liberté venus en masse, de personnels d'Aéoports de Paris et d'Air France. Des élus locaux étaient également venus défendre l'avenir de cet important vivier d'emplois dans le Val-de-Marne. Représentants syndicaux et élus locaux ont demandé aux actionnaires d'éponger le déficit de la compagnie et aux pouvoirs publics de garantir l'emploi des salariés menacés, éventuellement par un partenariat avec Air France, lors d'une assemblée générale organisée devant le hall d'Orly-Sud. Ils ont également condamné l'attitude de la direction d'AOM-Air Liberté, qui a indiqué hier matin dans la presse que la compagnie pourrait déposer son bilan dès vendredi, ou au plus tard lundi. "M. Rochet (pdg d'AOM-Air Liberté, ndlr) brandit la menace d'un dépôt de bilan pour mettre la pression sur les actionnaires, les élus et le gouvernement", a estimé le délégué CFDT Gilles Nicoli en ouverture de l'assemblée générale. "La seule certitude, c'est qu'il faut que les actionnaires actuels, Ernest-Antoine Seillière et le groupe Swissair, trouvent 3 milliards de francs pour effacer les dettes de la compagnie et lui permettre d'être reprise", a-t-il insisté."DÉMONSTRATION DE FORCE"
Sa collègue de la CGT, Sylvie Faure, a martelé de son côté que les salariés étaient là "pour défendre leur emploi et n'avaient aucune raison de capituler", voyant dans la situation de la compagnie "le symbole de l'échec de la libéralisation du transport aérien". Christian Favier, vice-président (PCF) du Conseil général du Val-de-Marne, a pour sa part dénoncé "l'attitude scandaleuse des actionnaires" et plaidé pour que l'aéroport d'Orly reste "une plate-forme internationale". Les manifestants ont ensuite pénétré, vers 15h, sur les pistes d'Orly Sud, sous l'oeil d'une police d'abord bienveillante, puis débordée au point de ne pouvoir empêcher le cortège d'atteindre les pistes de l'aérogare d'Orly Ouest, et de perturber le trafic d'Air France, occasionnant de légers retards (30 à 45 mn) dans le trafic départ de la compagnie nationale. Une fois atteinte la principale piste d'Orly Ouest, les manifestants ont entonné des chants de victoire célébrant une intrusion dans l'activité d'Air France chargée de symbole, une grande partie des salariés estimant qu'un partenariat avec la compagnie nationale reste la seule solution viable pour AOM-Air Liberté. Les manifestants ont ensuite brièvement occupé le hall d'accueil d'Orly Ouest, avant d'aller bloquer pendant "une petite heure", selon la CFDT, l'accès autoroutier de l'aéroport, et de se disperser peu après 18H00. "Cette journée a été une belle démonstration de force", a conclu le délégué CGT Paul Fourier, en indiquant cependant que "la lutte" des salariés allait "se poursuivre" jeudi lors de deux comités d'entreprise (CE), consacrés pour l'un à "la situation économique et à l'éventualité d'un dépôt de bilan", pour l'autre "aux possibilités de reclassement des salariés à l'extérieur".
"L'ÉQUIPÉE SAUVAGE" DES SALARIÉS D'AOM-AIR LIBERTÉ SUR LES PISTES D'ORLY
"Le programme des festivités? On s'incruste sur les pistes d'Orly-Sud et après on bifurquera vers Orly-Ouest". Il est 15H00 mercredi devant l'aérogare Sud et Geoffroy Lamade, délégué CFDT, vient de donner, sous les acclamations, le départ de l'opération "aéroport mort" des salariés d'AOM-Air Liberté. Rejoints pour l'occasion par des collègues d'Air France et d'ADP, ils sont plus de 2.000 à débouler sur les pistes de l'aérogare, qui abrite habituellement les avions d'AOM-Air Liberté, avec le consentement de la police locale. Mais les manifestants ne comptent pas se contenter d'un espace vide, et se dirigent instantanément vers Orly-Ouest. Objectif: perturber le trafic d'Air France. S'engage alors une course-pousuite d'une demi-heure entre les manifestants et la vingtaine de fourgons et voitures de CRS, débordés et nargués sur leurs ailes par les camions des mécaniciens. Jouant la mouche du coche, ces derniers permettent à la foule de percer le cordon bleu-nuit pour atteindre l'espace réservé d'Air France. La tête du cortège coupe déjà à travers champs et atteint à 15H27 la piste 25-07. "C'est rare qu'on vienne sur cette piste. Elle est d'habitude bien défendue parce que c'est la piste d'Air France, et la compagnie nationale, on n'y touche pas!", se réjouit le délégué CGT Paul Fourier. "On a gagné, on a gagné". Arrivés au milieu de la piste, les manifestants savourent l'instant.
"ROCHER, DÉMISSION!"
Mais les forces de
police ont déjà pris place des deux côtés de la piste, canon à eau et
grenades lacrymogènes en première ligne. Alors que l'étau se resserre, des mécaniciens
d'AOM s'empressent d'immortaliser l'instant et s'agglutinent pour une photo sur
la piste, avec les cars de CRS en arrière-plan.
Un mécanicien d'Air France se rassure, "ils ne devraient pas être trop méchants
car ce ne serait pas bien vu de casser du salarié au moment où on parle de
nous et des autres salariés licenciés à l'Assemblée nationale (pour le vote
de la loi de modernisation sociale,ndlr)". L'objectif est atteint, les
manifestants refluent dans le calme vers les bâtiments. Une averse les
surprend, les obligeant à s'abriter sous les ailes d'avions Air France.
"On est sous la protection de l'Etat", ironise Gilles Simon, délégué
CGT. Il est 16H15, les manifestants ont quitté la piste pour se regrouper dans
l'aérogare Ouest. Un sit-in s'improvise, les slogans repartent de plus belle:
"Rochet, démission!", "Gayssot, du boulot!", "Seillière,
à la rue!". Les délégués syndicaux en profitent pour saluer la délégation
des Lu de Ris-Orangis présente à la manifestation comme à toutes celles des
plans sociaux du printemps, qui se fait alors ovationner. Dehors, des salariés
entament un zouk antillais, déversé par les sonos syndicales, alors que
d'autres se dirigent déjà vers le siège d'AOM et la branche d'autoroute. La
manifestation n'a occasionné que quelques retards dans le trafic. - 2001©Clicanoo.com
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