11 Mai 2001 Clicanoo Pourquoi AOM ne peut pas mourir
Air Outre Mer/Air Liberté a assuré, en 2000, 32% du trafic passagers Réunion-métropole, deuxième compagnie sur la ligne après Air France devant Corsair-Aérolyon. Mise sous perfusion jusqu’au 26 juin prochain, AOM peut à cette date passer l’arme à gauche. Il manquera 293 000 billets par an pour voyager entre Saint-Denis et Paris. Une paille. Qui a les reins assez solide pour aller chercher sa part du gâteau? Personne. Les regards se tournent vers Air France. Mais la compagnie nationale est gênée aux entournures. Elle assure neuf liaisons régulières par semaine, un sommet historique. Si elle augmente ses capacités pour transporter les clients d’AOM, on ne tardera pas à l’accuser de se tailler à nouveau un monopole dans le ciel de la Réunion. Les clients supporteraient mal un retour à la situation d’avant 1990, estimant à juste titre qu’ils ont tout à y perdre, tant sur la qualité des prestations que sur le prix du billet.Gagner dans les marges
Retrouver une situation ultra-dominante ruinerait en un rien de temps des années de politique commerciale, de fidélisation de la clientèle. La compagnie redeviendrait le méchant transporteur qui saigne les portefeuilles réunionnais, voire celui qui asphyxie la Réunion et l’empêche de se développer. Air France préfère partager avec d’autres cette responsabilité et le flot des critiques. Actuellement ses avions sont remplis à 80%. Le bilan financier sur Saint-Denis/Paris s’équilibre. Ce n’est pas la corne d’abondance, mais c’est bien assez pour assurer l’avenir. Les objectifs affichés ne sont pas de doubler ou de tripler le nombre de passagers, juste d’augmenter raisonnablement sa part de marché, en améliorant les taux de remplissage, en réussissant à vendre davantage de billets, plus chers si possible. Une progression dans les marges, petit bras, mais efficace. L’an dernier, la méthode a réussi. En 2000, le trafic passagers d’Air France sur la métropole a augmenté de 6,08%, alors qu’AOM perdait 0,27%. Autre bien portant du ciel réunionnais, Corsair. Allié à Aérolyon, il signe le plus beau score de l’année 2000 : une hausse de 28%. Les deux compagnies dépassent même AOM en nombre de passagers transportés : 233 000 contre 194 000 pour AOM. À l’annonce du crash possible d’AOM, Jacques Maillot, patron de Corsair et de Nouvelles Frontières a laissé entendre 1) qu’il était solidaire des employés d’AOM et souhaitait que le transporteur survive 2) que les crénaux d’AOM sur les lignes DOM pouvaient l’intéresser. Et c’est finalement logique. Comme Air France, Corsair est arrivé à son point d’équilibre à la Réunion. Elles ont mis en place des liaisons régulières, des charters, et arrivent à les remplir honorablement. Sur les lignes DOM, toujours périlleuses pour les compagnies car peu rentables, il faut atteindre au bas mot 80 % de taux de remplissage pour équilibrer les comptes. La disparition d’AOM changerait les équilibres. Corsair ne pourrait pas non plus satisfaire la demande et affronterait l’ire des clients. Donc Corsair préférerait voir AOM se redresser et tenir son rang. Par contre, s’il n’y a qu’à prendre quelques créneaux charters, remplis à bloc et rentables en diable pour faire plaisir, Maillot veut bien se dévouer. Sa philanthropie n’a pas de limites. Ainsi, campés sur leurs positions, ni Air France ni Corsair ne sortiront leurs capes de super héros pour sauver le petit voyageur péi en panne d’avion. Mais d’autres attendent qu’AOM reçoive l’extrême onction pour animer la veillée funèbre.
Grand saut
pour Air Austral
Air Austral est par vocation une compagnie régionale. Mais l’idée d’aller
se poser sur les tarmacs de l’hémisphère nord la taraude depuis quelque
temps. Gérard Ethève, président, milite depuis 1999 pour avoir son
Mayotte-Paris. Air France actionnaire à hauteur de 34% a jusqu’alors traîné
les pieds. Le patron d’Air Austral compte pourtant bien emporter le morceau et
se placer sur cette jolie niche de passagers. Mayotte Paris prouve que Air
Austral peut franchir le pas du long-courrier. En bon petit soldat des airs, Gérard
Éthève attend les ordres. Il a alerté les actionnaires de sa compagnie,
notamment la Région Réunion, pour qu’ils s’inquiètent des conséquences
de la fin d’AOM, et du vide terrible que la compagnie née à la Réunion va
laisser derrière elle. Il assène : “S’il y a une volonté politique et si
des moyens financiers sont débloqués pour permettre à Air Austral de prendre
les créneaux d’AOM, je le ferai. Je suis un soldat, je suis un technicien, je
trouverai le moyen.“ Louera-t-il des avions? Où trouvera-t-il ses pilotes?
“Quand le principe sera acquis, on aura les solutions.” Le mercenaire a la
foi. Pourtant, aucune des solutions qu’il propose ne pourra être immédiate,
ni sans risque. La compagnie devra en effet acheter un avion, deux probablement,
commencer modestement avec deux vols par semaine. Et il lui faudra surtout se
frotter aux rigueurs du marché métropolitain de la vente de billets. Les
liaisons Air Austral ne vivront que si elles sont bien vendues sur le continent,
et si les avions sont remplis jusqu’aux soutes. À vrai dire, si AOM disparaît,
Air Austral serait le seul en lice pour prendre des lignes régulières. Même
avec la meilleure volonté du monde, l’offre d’Air Austral ne répondra pas
à la demande avant longtemps.
Rien ne remplace AOM
Pour faire l’appoint, restent les charters. Malgré la volonté affichée par Marc Rochet de ne pas démanteler AOM, Corsair lorgne sur l’activité charter. S'il y avait une séparation entre charters et vols réguliers au sein d'AOM-Air Liberté, le Club Méditerranée pourrait envisager une participation dans le charter pour “sécuriser cette activité", sans nécessairement venir à la Réunion. Sécuriser... prendre les bénéfices et laisser aux autres le soin d’assurer les liaisons de tous les jours, quel dévouement. Aucune de ces hypothèses de reprise n’est entièrement satisfaisante pour le consommateur. Faire capoter AOM, c’est forcément mettre le département sous embargo. Dans ces conditions, l’acharnement thérapeutique est la seule solution. On ne débranchera pas AOM. Selon le parisien d’hier (lire ci-contre) Air France et Corsair vont soutenir la restructuration d’AOM, acheter des avions, reclasser des personnels et maintenir un semblant d’AOM pour passer entre les mailles des lois anti-monopole. Le plan social laisserait 1000 des 7400 salariés sur le carreau. Le service continuera à être assuré en grande partie, sans qu’on sache encore comment. Lignes régulières? Charters bétaillères? Par contre l’ombre du monopole plane à nouveau sur l’île. Si deux compagnie du ciel réunionnais s’accordent pour sauver la troisième, on ne peut que craindre une entente sur les pratiques tarifaires. Pour la guerre des prix qui profite au client, le Réunionnais voyageur va encore atttendre.
AOM Sauvée par ses ennemis
Rien ne pourrait remplacer AOM au pied levé, fin juin. À la Réunion, ni Corsair, ni Air France ne souhaitent voir tomber AOM. Répéter à longueur de journée à des passagers en carafe que les vols sont pleins, ou qu’il reste deux places en première classe, ce serait de la provocation, de l’incitation à l’émeute. Une entrée d’Air Austral dans le jeu ne résoudrait pas le problème à court terme. Alors que faire? Sauver AOM. Coûte que coûte. C’est, si l’on en croit le Parisien dans son édition datée de jeudi, ce que l’État, Air France et Corsair seraient en train de mettre au point. Malgré les milliards de perte, on ne peut faire autrement. Le plan de redressement du deuxième pôle français d’aviation limiterait largement la casse sociale et économique. Le Parisien affirme “Air France est intéressée par huit Airbus A 340, et Corsair par un DC 10”. Notre confrère ajoute que les trois quarts du personnel navigant pourraient bénéficier d’un reclassement, ainsi que la moitié du personnel au sol. 300 primes de départs aux plus âgés seraient distribuées. Resteraient au final un millier de licenciements sur les 7 400 salariés du pôle. Mais l’Europe veille et regarde déjà d’un sale œil cette fusion concurrenticide. C’est prévu : “Afin ne ne pas être accusé de monopole par Bruxelles, Air France fera en sorte qu’AOM puisse continuer à exploiter des lignes. Pour ce faire la compagnie casserait les contrats lui permettant d’affréter 27 avions étrangers.” Le pôle Club med, Fram, Accor, ne devrait pas investir dans AOM, mais louera cet été deux 737 hollandais pour pallier d’éventuelles défaillances du groupe. Marc Rochet devrait présenter ce plan social aux organisations syndicales et aux actionnaires Swissair et Marine Wendel d’Ernest Antoine Seillière entre le 15 et le 18 mai prochains. Ces indicrétions sur l’avenir d’AOM sont encore partielles. On ne dit rien du statut de la compagnie AOM. Entreprise fantôme, dépouillée de ses Airbus, elle n’aurait à offrir que des DC 10 dont la mauvaise réputation n’est plus à faire. On ne sait pas non plus si AOM gardera ses lignes régulières ou ne jouera plus que la carte du charter. Bref si elle sera une compagnie aérienne ou un prête-nom - 2001©Clicanoo.com - STOR Informatique / le Journal de l'île -
Il faut sauver AOM... Il faut surtout
qu’Air France ne redevienne pas la toute-puissante compagnie qui impose sa loi
et en particulier celle concernant les tarifs. J'ai connu une époque où, pour
venir à la Réunion, il n’y avait pas d’autres choix que de passer par Air
France... ou prendre le cargo. J’ai connu l’époque où le prix du billet était
de 8 000 F par personne aller-retour. C’était en 1986. Une ruine pour la
famille de quatre personnes que nous étions. J’ai connu aussi l’époque
(1982) où, en classe touriste, Air France distribuait ce que j’appelais “la
musette mangeoire”, c’est-à-dire un sachet censé contenir la nourriture du
voyage. Cela n’a pas duré, fort heureusement. Fort de son monopole, il y a même
eu un vol où le personnel a refusé de distribuer des couvertures, jusqu’au
moment où, bien que gelés, un mouvement de protestation a pris dans l’avion
des allures de rébellion. Allons-nous de nouveau connaître ce genre “d’agréments”,
certes inoubliables puisque je m’en souviens encore ?... Air France ne doit
pas oublier que si la compagnie existe toujours, cela est dû à la rallonge
substantielle faite par le gouvernement, c’est-à-dire par nous, le petit
peuple. A ce tarif-là, AOM pourrait tout autant pavoiser. Notre gouvernement
actuel, qui ne cesse de nous rabattre les oreilles avec la mondialisation, ne
semble pas être favorable à la concurrence en matière de transports sur la Réunion.
Monsieur le Ministre des Transports est pour le moins discret en la matière...
et les parlementaires de l’île aussi. Il ne faut pas oublier que depuis
l’histoire “avortée” de la bidep, nous sommes devenus “les pestiférés”
du pouvoir (pour une bonne partie en tout cas)
Notre “petit père Jospin” s’est même déplacé pour nous ramener à la
raison, sûr d’œuvrer pour notre bien. Rien n’y a fait. Eh bien ! Na ! Tant
pis pour nous, nous sommes maintenant bien punis. C’est Air France ou rien du
tout, nous n’avons qu’à moisir dans notre trou... A nous donc, une fois de
plus, de montrer que la Réunion n’est pas Paris et qu’ici, ce sont encore
les Réunionnais qui imposent leur volonté. Manifestations, pétitions,
qu’importe, il faut que la concurrence demeure pour le bien de tous. - G.
Muscat - 2001©Clicanoo.com - STOR
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