05 Mai  2001   Clicanoo   L'UDF Réunion part en guerre pour sauver AOM

Ce n’est pas souvent qu’un parti politique organise une conférence de presse pour parler des avions. L’UDF-Réunion a donc failli à la règle, hier après-midi, en fixant comme point principal de l’ordre du jour de sa réunion, le désenclavement aérien, plus précisément la situation d’AOM, cette compagnie sérieusement menacée de déposer le bilan avec le risque de laisser sur le carreau 7 500 employés. Et de créer, par conséquent, une situation de monopole à la Réunion au profit de la compagnie nationale Air France au sein de laquelle l’Etat reste l’actionnaire majoritaire. Raison pour laquelle, Jean-Paul Virapoullé n’a pas cessé au fil de ses interventions d’interpeller vigoureusement le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot, et à travers lui, le Premier ministre Lionel Jospin. “AOM est en train de mourir. Que fait le gouvernement ? Il préfère boucher les trous du Crédit Lyonnais avec nos impôts plutôt que d’injecter l’argent dans le capital d’AOM. Au lieu de trouver des solutions, Air France, la compagnie nationale, se désengage des DOM, mais dans le même temps, à Paris, elle multiplie ses vols en direction de Los Angeles. Plus d’une centaine de vols avec des billets à 3 200 F pour Los Angeles, située à 11 000 km de Paris ”. Jean-Paul Virapoullé poursuit : “Air France n’en a tellement rien à cirer de la Réunion qu’elle a installé sa base de maintenance technique à l’île Maurice. De même, Air France, qui est actionnaire d’Air Austral, empêche la compagnie régionale de desservir Paris via Mayotte. Et le Premier ministre ne bouge pas. Lionel Jospin est complice d’Air France. Nous avons à Paris un pouvoir politique qui se couche devant les technocrates”.

"Il faut vider Air-france d'Air Austral"

Selon le président de l’UDF, “le gouvernement veut étrangler économiquement la Réunion, à l’heure où le secteur du tourisme est en pleine expansion. Le gouvernement marque son désintérêt pour la Réunion, qu’il considère comme un terrain de chasse électoral. Ce n’est pas cela le modèle réunionnais de développement que l’UDF préconise”. Le mouvement centriste a décidé de mettre le désenclavement aérien au centre de son combat. Tapant du poing sur la table, Jean-Paul Virapoullé envisage d’organiser une manifestation populaire pour “maintenir une situation de vraie concurrence” dans le domaine aérien. L’UDF fustige la décision de Jean-Claude Gayssot d’envoyer des experts à la Réunion, et dont la mission serait de faire le point sur la situation locale. “C’est une insulte pour les Réunionnais de confier cette mission à des experts alors que n’importe quelle hôtesse à l’aéroport ou n’importe quel élu peut dire au ministre ce qu’il faut faire pour trouver une solution.” L’UDF préconise la mise en place d’une structure - “pourquoi pas une société d’économie mixte” - financée à la fois par des fonds européens, de l’Etat, des collectivités locales et des acteurs économiques locaux pour reprendre AOM. “Laisser crever AOM, en coupant notre principal cordon ombilical avec la mère patrie, c’est nous ramener 20 ans en arrière. Le gouvernement a-t-il pensé aux milliers de jeunes qui prennent l’avion chaque année dans le cadre de la mobilité ? Aux bacheliers qui vont aller s’inscrire dans les universités de métropole ? Aux agriculteurs qui ont besoin d’écouler leurs produits ? Aux rapatriements sanitaires ?...”. Jean-Paul Virapoullé précise qu’il va utiliser “les quelques jours que Dieu me donne” pour “sauver AOM” et pour combattre “la suprématie d’Air France”. Il estime que “Air France ne doit avoir un droit de regard sur aucune compagnie. Je vais tout faire pour vider Air France du conseil d’administration d’Air Austral”. Le président de l’UDF, très remonté, considère que “la guerre est ouverte. Nous sommes dans une position de révolution. On va agir pour sauvegarder AOM”. L’UDF interpelle également “les 5 députés de la majorité gouvernementale” qui, selon le mouvement politique, “porte une lourde responsabilité dans ce dossier”. Après le “coup’ pas nous sans consulte à nous, si ou coup’ à nous sans consulte à nous, ou va gout’ à nous”, l’UDF s’est trouvé un nouveau slogan : “coupe pas nos ailes, coupe pas nout cordon ombilical avec la métropole !”. Le reste de la conférence de presse était consacré aux résultats des dernières municipales et cantonales. Le président de l’UDF se dit “heureux du bouleversement du paysage politique local. L’unité de la Réunion voulue par le vote des Réunionnais a été confirmée par la décision de Christian Paul de retirer la bidep”. La ligne politique du mouvement centriste se résume plus que jamais en un seul mot : “l’unité”. Et Jean-Paul Virapoullé d’ajouter : “L’unité de la Réunion, l’unité dans la France et l’unité dans l’Europe”, un credo qui va de pair avec le tryptique suivant : “Il faut écoute a nous, consulte a nous et développe a nous”. Un message adressé au gouvernement Jospin. Et que l’UDF développera en présence de Jacques Chirac, un avocat de choix, lors de sa venue dans l’île les 17, 18 et 19 mai prochains. - Yves Mont-Rouge - 2001©Clicanoo.com - STOR Informatique / le Journal de l'île -